Nous sommes enfants de deux patries

lacordaire
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« C’est Dieu qui a fait les peuples et qui leur a partagé la terre, et c’est aussi lui qui a fondé au milieu d’eux une société universelle et indivisible : c’est lui qui a fait la France, et qui a fondé l’Eglise. De telle sorte que nous appartenons tous à deux cités, que nous sommes soumis à deux puissances, et que nous avons deux patries : la cité éternelle et la cité terrestre, la puissance spirituelle et la puissance temporelle, la patrie du sang et la patrie de la foi. Et ces deux patries, quoique distinctes, ne sont pas ennemies l’une de l’autre ; bien loin de là : elles fraternisent comme l’âme et le corps fraternisent, elles sont unies comme l’âme et le corps sont unis ; et, de même que l’âme aime le corps, bien que le corps se révolte souvent contre elle, de même la patrie de l’éternité aime la patrie du temps et prend soin de sa conservation, bien que celle-ci ne réponde pas constamment à son amour. Mais il peut arriver que la cité humaine se dévoue à la cité divine, qu’un peuple s’honore d’une alliance particulière avec l’Eglise : alors l’amour de l’Eglise et l’amour de la patrie semblent n’avoir plus qu’un même objet ; le premier élève et sanctifie le second, et il se forme de tous deux une sorte de patriotisme surnaturel, dont saint Paul nous a donné l’exemple et l’expression dans ces sublimes paroles de son Épître aux Romains. « Je dis la vérité dans le Christ, je ne mens pas, ma conscience me rendant témoignage dans l’Esprit-Saint : j’ai dans le cœur une tristesse grande et une douleur qui ne cesse pas ; car je souhaiterais d’être séparé du Christ par l’anathème, en faveur de mes frères qui sont mes parents selon la chair, qui sont israélites, de qui est l’adoption des enfants, et la gloire, et le testament, et la législation, et le service, et les promesses; de qui sont les pères, de qui est le Christ selon la chair, le Christ, Dieu béni par-dessus toutes choses, dans les siècles des siècles » (Épître aux Romains 9, 1 et sq). Il était impossible d’exprimer plus énergiquement l’amour de la patrie surnaturalisé par la foi ; et, du reste, tous les prophètes sont remplis de ces élans patriotiques, depuis David s’écriant : « Seigneur, Vous Vous lèverez, Vous aurez pitié de Sion, parce que le temps d’en avoir pitié est venu, parce que ses pierres ont plu à Vos serviteurs » (Ps. 101, 14-15) ; jusqu’à Jésus-Christ pleurant à la vue de Jérusalem, et disant avec une si pieuse douleur : « Ah ! si tu avais connu, même en ce jour, qui est encore le tien, ce qui peut te donner la paix » (Luc, 19, 42) ! »

Père Henri-Dominique Lacordaire, op (1802-1861), Discours sur la vocation de la nation française, ( prononcé à Notre-Dame de Paris, le 14 février 1841 pour l’inauguration des frères prêcheurs en France) Mélanges, Paris, Poussielgue, 1857, p. 261-262

7 commentaires sur “Nous sommes enfants de deux patries
  1. Patric Chenaux dit :

    Le Père Lacordaire a toujours lutté pour la liberté de l’Eglise. L’Etat n’a pas à diriger l’Eglise à y imposer des prêtres ou des évêques à sa solde. Non l’Eglise est libre, c’est le Corps du Christ. L’Eglise a été fondée par le Christ, accomplissement de l’Ancienne Alliance, Nouvel Israël, Jérusalem d’en haut. La nation aussi a été façonnée par Dieu qui est souverain. Et Dieu parle par son Eglise. Par la Bible oui, mais qui transmet la Parole de Dieu et l’explique? c’est l’Eglise. L’Eglise qui enseigne les nations. Donc l’Etat a le devoir d’écouter l’Eglise et de garder son enseignement pour établir des lois justes, protéger l’Eglise et normalement interdir toute secte. Parce que les sectes sont dangereuses pour les gens. L’Etat doit veiller au bien de la population.
    Bref l’Erat et l’Eglise doivent marcher ensemble. Et malheureusement ce n’est plus le cas en France. L’Etat laïque se veut totalement indépendant et n’écoute plus l’Eglise. Alors il ne faut pas s’étonner que tout va mal dans notre pays.
    Il nous faut donc prier afin que l’Etat redevienne ami avec l’Eglise. Oui nous sommes enfants de deux patries. Sur terre nous sommes cependant des étrangers et nous attendons la terre promise. Comme étrangers n’étant pas du monde, mais vivant dans le monde, nous devons faire notre devoir de chrétiens. Et particulièrement de chrétiens français. Etant moi-même suisse vivant en France, je suis donc deux fois étrangers et j’ai des devoirs différents du français, mais étant un catholique, je fais mon devoir de suisse à l’étranger. Pour revenir au français catholique, il doit faire son devoir, rendre à César ce sui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. Voilà donc le citoyen catholique comme étant le citoyen le plus droit et fidèle. Il vivra selon la justice dans une profonde charité.
    2016 et 2017 vont être des années importantes car nous devrons élire le nouveau président de la République. Le chretien s’acquittera de sa tâche, en priant et en étudiant ce que dit l’Eglise. Il faut beaucoup d’amour pour la France, afin de voter le mieux possible, et il serait bien de s’y préparer maintenant. La lecture du Catéchisme de l’Eglise Catholique articles: 1882, 1897-1917 ainsi que les articles sur la politique (voir table analytique) nous sera d’une très grande utilité.
    Que Dieu bénisse la France et garde l’Eglise de France fidèle à sa vocation.

    • colombe dit :

      AMEN

    • EDITH dit :

      Félicitations à vous Patric. Je croyais que la neuvaine se terminait à N.D. des Victoires. Je viens d’ouvrir et surprise… mais le suis comme Colombe, fatiguée, voilà 2 fois que j’oublie mon R. V. chez le dentistes. Avec le froid mes soucis de valve au coeur m’ont considérablement freine, bon courage à vous et prions avec St J. Paul II et le p. Lacordaire. Je viens de trier des documentations catholiques qui remplissaient ma bibliothèque. J’ai gardé ceux du voyage de St J.P. II en France prions pour notre France, avec nos papes et que Marie veille…

      • Patric Chenaux dit :

        Merci EDITH et soignez-vous bien. Oui j’imagine bien que le froid ne doit pas vous facilité la vie. Il faut y aller à votre rythme, tranquillement, eh puis si ce n’est pas trop pressent, ce n’est pas grane pour le dentiste. Je suis cependant heureux de vous lire. Soyez assurée de mes prières et de toute mon affection en Jésus et Marie. Oui prions saint Jean-Paul II qui a foulé notre terre de France. Rien est impossible à Dieu.