La dimension sociale de notre péché

jp ii
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En ce début de Carême, prenons conscience des dimensions personnelles et sociales du péché pour mieux le combattre.

« Le péché, au sens propre et précis du terme, est toujours un acte de la personne, car il est l’acte de liberté d’un homme particulier et non pas, à proprement parler, celui d’un groupe ou d’une communauté. Cet homme peut se trouver conditionné, opprimé, poussé par des facteurs externes nombreux et puissants; il peut aussi être sujet à des tendances, à une hérédité, à des habitudes liées à sa condition personnelle. Dans bien des cas, de tels facteurs externes et internes peuvent, dans une mesure plus ou moins grande, atténuer sa liberté et, par là, sa responsabilité et sa culpabilité. Mais c’est une vérité de foi, confirmée également par notre expérience et notre raison, que la personne humaine est libre. On ne peut ignorer cette vérité en imputant le péché des individus à des réalités extérieures: les structures, les systèmes, les autres. Ce serait surtout nier la dignité et la liberté de la personne qui s’expriment – même de manière négative et malheureuse – jusque dans cette responsabilité de commettre le péché. C’est pourquoi, en tout homme il n’y a rien d’aussi personnel et incommunicable que le mérite de la vertu ou la responsabilité de la faute.

Les conséquences premières, et les plus importantes, du péché, acte de la personne, portent sur le pécheur lui-même: c’est-à-dire sur sa relation avec Dieu, fondement même de la vie humaine; sur son esprit, affaiblissant sa volonté et obscurcissant son intelligence.

Parvenus à ce stade de la réflexion, il faut nous demander à quelle réalité se référaient ceux qui ont mentionné fréquemment le péché social, au cours de la préparation et des travaux du Synode. L’expression et le concept sous-jacent ont à vrai dire plusieurs sens différents.

Parler de péché social veut dire, avant tout, reconnaître que, en vertu d’une solidarité humaine aussi mystérieuse et imperceptible que réelle et concrète, le péché de chacun se répercute d’une certaine manière sur les autres. C’est là le revers de cette solidarité qui, du point de vue religieux, se développe dans le mystère profond et admirable de la communion des saints, grâce à laquelle on a pu dire que «toute âme qui s’élève, élève le monde». A cette loi de l’élévation correspond, malheureusement, la loi de la chute, à tel point qu’on peut parler d’une communion dans le péché, par laquelle une âme qui s’abaisse par le péché abaisse avec elle l’Eglise et, d’une certaine façon, le monde entier. En d’autres termes, il n’y a pas de péché, même le plus intime et le plus secret, le plus strictement individuel, qui concerne exclusivement celui qui le commet. Tout péché a une répercussion, plus ou moins forte, plus ou moins dommageable, sur toute la communauté ecclésiale et sur toute la famille humaine. Selon ce premier sens, on peut attribuer indiscutablement à tout péché le caractère de péché social.

Certains péchés, cependant, constituent, par leur objet même, une agression directe envers le prochain et – plus exactement, si l’on recourt au langage évangélique – envers les frères. Ces péchés offensent Dieu, parce qu’ils offensent le prochain. On désigne habituellement de tels péchés par l’épithète «sociaux» et c’est là la seconde signification du terme. En ce sens, est social le péché contre l’amour du prochain; selon la loi du Christ, il est d’autant plus grave qu’il met en cause le second commandement qui est «semblable au premier». Est également social tout péché commis contre la justice dans les rapports soit de personne à personne, soit de la personne avec la communauté, soit encore de la communauté avec la personne. Est social tout péché contre les droits de la personne humaine, à commencer par le droit à la vie, sans exclure le droit de naître, ou contre l’intégrité physique de quelqu’un; tout péché contre la liberté d’autrui, spécialement contre la liberté suprême de croire en Dieu et de l’adorer; tout péché contre la dignité et l’honneur du prochain. Est social tout péché contre le bien commun et ses exigences, dans tout l’ample domaine des droits et des devoirs des citoyens. Peut être social le péché par action ou par omission, de la part de dirigeants politiques, économiques et syndicaux qui, bien que disposant de l’autorité nécessaire, ne se consacrent pas avec sagesse à l’amélioration ou à la transformation de la société suivant les exigences et les possibilités qu’offre ce moment de l’histoire; de même, de la part des travailleurs qui manqueraient au devoir de présence et de collaboration qui est le leur pour que les entreprises puissent continuer à assurer leur bien-être, celui de leurs familles et de la société entière.

Le troisième sens du péché social concerne les rapports entre les diverses communautés humaines. Ces rapports ne sont pas toujours en harmonie avec le dessein de Dieu qui veut dans le monde la justice, la liberté et la paix entre les individus, les groupes, les peuples. Ainsi la lutte des classes, quel qu’en soit le responsable et parfois celui qui l’érige en système, est un mal social. Ainsi les oppositions tenaces entre des blocs de nations, d’une nation contre une autre, de groupes contre d’autres groupes au sein de la même nation, constituent en vérité un mal social. Dans tous ces cas, il faudrait se demander si l’on peut attribuer à quelqu’un la responsabilité morale de tels maux et, par conséquent, le péché. On doit bien reconnaître que les réalités et les situations comme celles qu’on vient d’indiquer, dans la mesure où elles se généralisent et se développent énormément comme faits de société, deviennent presque toujours anonymes, leurs causes étant par ailleurs complexes et pas toujours identifiables. C’est pourquoi, si l’on parle de péché social, l’expression prend ici une signification évidemment analogique. Quoi qu’il en soit, parler de péché social, même au sens analogique, ne doit amener personne à sous-estimer la responsabilité des individus, mais cela revient à adresser un appel à la conscience de tous, afin que chacun assume sa propre responsabilité pour changer sérieusement et avec courage ces réalités néfastes et ces situations intolérables.

Cela dit de la manière la plus claire et sans équivoque, il convient d’ajouter aussitôt qu’il est une conception du péché social qui n’est ni légitime ni admissible, bien qu’elle revienne souvent à notre époque dans certains milieux: cette conception, en opposant, non sans ambiguïté, le péché social au péché personnel, conduit, de façon plus ou moins inconsciente, à atténuer et presque à effacer ce qui est personnel pour ne reconnaître que les fautes et les responsabilités sociales. Selon une telle conception, qui manifeste assez clairement sa dépendance d’idéologies et de systèmes non chrétiens – parfois abandonnés aujourd’hui par ceux-là mêmes qui en ont été les promoteurs officiels dans le passé – , pratiquement tout péché serait social, au sens où il serait imputable moins à la conscience morale d’une personne qu’à une vague entité ou collectivité anonyme telle que la situation, le système, la société, les structures, l’institution, etc.

Or, quand elle parle de situations de péché ou quand elle dénonce comme péchés sociaux certaines situations ou certains comportements collectifs de groupes sociaux plus ou moins étendus, ou même l’attitude de nations entières et de blocs de nations, l’Eglise sait et proclame que ces cas de péché social sont le fruit, l’accumulation et la concentration de nombreux péchés personnels. Il s’agit de péchés tout à fait personnels de la part de ceux qui suscitent ou favorisent l’iniquité, voire l’exploitent; de la part de ceux qui, bien que disposant du pouvoir de faire quelque chose pour éviter, éliminer ou au moins limiter certains maux sociaux, omettent de le faire par incurie, par peur et complaisance devant la loi du silence, par complicité masquée ou par indifférence; de la part de ceux qui cherchent refuge dans la prétendue impossibilité de changer le monde; et aussi de la part de ceux qui veulent s’épargner l’effort ou le sacrifice en prenant prétexte de motifs d’ordre supérieur. Les vraies responsabilités sont donc celles des personnes.

Une situation – et de même une institution, une structure, une société – n’est pas, par elle-même, sujet d’actes moraux; c’est pourquoi elle ne peut être, par elle-même, bonne ou mauvaise.

A l’origine de toute situation de péché se trouvent toujours des hommes pécheurs. C’est si vrai que, si une telle situation peut être modifiée dans ses aspects structurels et institutionnels par la force de la loi ou, comme il arrive malheureusement trop souvent, par la loi de la force, en réalité le changement se révèle incomplet, peu durable et, en définitive, vain et inefficace – pour ne pas dire qu’il produit un effet contraire – si les personnes directement ou indirectement responsables d’une telle situation ne se convertissent pas. »

Saint Jean-Paul II, Exhortation apostolique Reconciliatio et paenitentia, 1984, n°16,

5 commentaires sur “La dimension sociale de notre péché
  1. Patric Chenaux dit :

    Le péché touche l’homme en son entier, donc forcément la société. Voilà pourquoi la France ne peut être laïque, tout mettre sur le même niveau, se placer même au-dessus de la sainte religion catholique, qui est celle voulue de Dieu. Ah ceux qui nient le besoin de religion, ils oublient le péché.
    Le péché c’est tout acte de désobéissance à Dieu, mais c’est aussi un état, l’homme est rebel à Dieu de naissance, d’où l’importance du baptême du bébé et de veiller à l’élever dans la sainte foi catholique.
    Mais force est de constater que parfois cela ne suffit pas, tant ce monde de péché, monde trompeur, peut séduire. Le péché domine en France pourrait-on dire.
    Léon Bloy disait que lors de la Révolution et le rejet de l’Eglise, la France aurait dû être excommuniée et toutes les Eglises fermées sans plus aucune messe… ça c’est du Léon Bloy. Mais l’Eglise, dans sa sagesse à traversé cette épreuve, jusqu’à aujourd’hui où elle est considérée comme faisant partie du patrimoine historique de la France, mais un patrimoine bien malmené.
    Le péché ne peut pas comprendre la vérité. L’autre jour, les médias ont montré le Saint Père au Mexique, mais ils ne restent que sur le plan horizontal, humaniste, ils ne voient pas le Vicaire du Christ, non seulement parler de paix, mais aussi de l’Evangile.
    Le péché nous rend sourd, aveugle, muet, paralytique et lépreux, stérile aussi, il faut que la grâce nous touche pour que nous puissions nous convertir et voir la lumière. Un pays qui s’obstine à rester dans cet état de péché, bien qu’il a dans son histoire les témoignages inombrables de la bonté de Dieu, la France a donné parmis les plus grands saints, un pays qui s’obstine à vivre dans le péché qui nous sépare de Dieu ne peut aller qu’à sa ruine.
    Les français sont mécontents de leur gouvernement, eh bien, ne voulant pas déjà personnellement entendre les appels de leur Seigneur et Dieu, ils ne devront s’attendre qu’au pire.
    C’est aujourd’hui le jour du salut, dit saint Paul.
    « France qu’as tu fais de ton baptême » (Saint Jean Paul II)

  2. colombe dit :

    Par ta mort sur la croix tu nous sauve de nos péchés.Heureux à qui sa faute est remise son péché pardonné!Bienheureux cet homme à qui DIEU ne reproche rien, ce cœur d ‘ou tout mensonge a disparu!Ce péché, alors je te l’ai confessée tu as ôté de moi le poids du mal.Il est vrai mes péchés passent par dessus ma tête, comme un lourd fardeau ils m’écrasent.Mais auprès de toi , c’est la miséricorde!J’ai confiance Seigneur et j’attends.Il ne veut pas faire mourir le pécheur mais le convertir et lui donner la vie. Bonne continuation en ce temps de carême…

  3. EDITH dit :

    Je retiens pour ma part que souvent le péché à des répercutions sur les autres et à l’inverse je peux élever les autres : « toute âme qui s’ élève, élève le monde et toute âme qui s’ abaisse, abaissé le monde, ceci en se basant sur le Communion des Saints. C’est donc très important de se laisser guider par l’Esprit vers la Sainteté et comme il a été dit précédemment, de prier et agir en communion avec tel ou tel Saint, dont Marie et ici notre Saint JP II. Merci à lui pour ce qu’il a été pour nous et l’équilibre mondial.