« Je rendrai mon sang pur comme je l’ai reçu »

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« Péguy dit dans Notre jeunesse (1910) : « Plus nous avons de passé derrière nous, plus (justement) il nous faut le défendre ainsi, le garder pur. Je rendrai mon sang pur comme je l’ai reçu. C’était la règle et l’honneur et la poussée cornélienne, la vieille poussée cornélienne. »
Sang pur, ces mots comme celui de race, ont coûté très cher à Péguy. Ils lui ont valu de voisiner dans l’enfer idéologique du XXe siècle avec les monstres les plus effrayants.
Nul racisme, pourtant, dans sa conception de la race. Mais, sur le modèle qui nous est maintenant familier d’un engagement, d’une inscription, ou, pour mieux dire encore, d’une « racination » du spirituel dans le temporel, la définition de la France comme « grande nation d’hospitalité ». Quand Péguy parle de race, il ne désigne pas une catégorie physique ou les traits héréditaires d’une entité collective, il affirme la liaison intime d’un peuple et d’une idée. Liaison intime et fragile. Car, telle est la loi inexorable du temporel, tout ce qui est fait peut se perdre et se défaire, tout ce qui est est essentiellement précaire. Le passé ne se transmet pas à ses légataires sous la forme à la fois contraignante et rassurante d’un déterminisme génétique, mais sous celle, irréfutable et impalpable, d’une responsabilité. Le je n’est pas le prisonnier du nous, il en est -position beaucoup plus scabreuse- le mandataire. L’héritier peut dilapider l’héritage. L’élu est libre de manquer à l’appel. Car la race n’est pas, comme le veut le raciste, l’impossibilité de faire autrement, elle se définit par le fait doublement paradoxal de naître avec une parole d’honneur et de pouvoir s’y dérober à tout instant. Rien n’est jamais acquis ou donné. Ce que Péguy désigne sous le nom aujourd’hui si impur et si malsonnant de pureté, c’est donc la vigilance morale de celui qui ne veut pas déroger et non la vigilance ethnique de celui qui veut que chacun reste à sa place et qui dresse des barrières pour éviter à lui-même et aux siens de déchoir dans un « immonde mélange » (Abel Bonnard). Héroïsme sans biologisme : le pur selon Péguy n’est pas l’homme qui a la phobie du contact ou de la contamination, il est l’homme qui ne passe pas de compromis. »

Alain Finkielkraut, Le mécontemporain Péguy,lecteur du monde moderne, Paris, Gallimard, 1991, col. Folio, p. 115-116

10 commentaires sur “« Je rendrai mon sang pur comme je l’ai reçu »
  1. Esperance2 dit :

    Merci beaucoup pour ce très bel hommage à Charles Péguy, mort pour la France rappelons-le dans les premiers jours de la Première Guerre mondiale (il avait 41 ans).
    Cet hommage courageux rendu à Charles Péguy nous montre un homme éveillé et vigilant. L’Évangile nous invite bien à veiller. Être éveillé et vigilant, parce que « Rien n’est jamais acquis ou donné » et que « tout ce qui est, est essentiellement précaire ». Veiller, pour être là présent, ne pas échapper à notre responsabilité de personne humaine, ne pas « manquer à l’appel » ni « se dérober ».
    « La pureté désigne la vigilance de celui qui ne veut pas déroger »; « Le pur est l’homme qui ne passe pas de compromis » [compromis avec le mensonge, l’infidélité, etc.]
    En ce soir de la fête de la Présentation du Seigneur au Temple, c’est le moment de citer le cantique de Syméon:
    Maintenant ô Maître souverain, Tu peux laisser ton serviteur s’en aller en paix selon ta parole, car mes yeux ont vu ton salut, Lumière pour éclairer les nations et Gloire de ton peuple Israël.
    Amen

  2. Patric Chenaux dit :

    La pureté, voilà un sujet bien biblique. Dans l’Ancien Testament, la notion du pur et de l’impur est capitale pour comprendre notre monde et, il me semble les paroles du catholique Charles Péguy. Car de quelle pureté parle Péguy? Qu’est-ce que ce passé pur? Ce sang pur? Est-ce simplement « l’homme qui ne passe pas de compromis. »? Mais compromis avec quoi avec qui?
    Bon j’avoue que je ne lis pas du Charles Péguy, par manque de temps? Ou parce que je pense qu’il y a des auteurs plus importants à lire? Peut-être les deux. Mais j’ai peut-être tort. En tous les cas, il y a un livre que je connais bien: la Sainte Bible que j’ai pu lire dans diverses traductions plus ou moins bonnes. Bref, la maîtrise de la Bible, ne peut se faire que dans une lecture entière, dans la soumission à l’enseignement de la Sainte Eglise Catholique.
    Alors je vais retenir les mots de Charles Péguy dans un esprit biblique et catholique. Une remarque: je constate chez bien des catholiques une méconnaissance de la Bible, ce qui, il me semble, peut leur jouer de mauvais tours. Il faut se nourrir tous les jours de la Parole de Dieu, et l’Eglise vient de sortir une Traduction Officielle Liturgique indispensable. Laissez de côté les versions protestantes, ce sont des traductions hors Eglise et qui n’apportent rien à un Catholique. Si vous ne me croyez pas nous pouvons en parler. N’oublions pas que la Bible a été confiée à l’Eglise.
    Revenons Péguy et à la notion du pur. Afin de rester pur. Mais cette pureté de ce passé, ne peut être la Révolution qui assassinat le bon roi Louis XVI, le Père de la nation. Cela ne peut pas être Napoléon, tyran admiré encore aujourd’hui. Notons quand même que les tyrans ne font pas que du mal, puisque Bonaparte fit revenir en France les Frères des écoles chrétiennes, que les gentils révolutionnaires avaient mis à la porte du pays.
    Alors qu’est ce que ce pur? Le catholicime? Et le sang pur? Être catholique? Pourquoi pas. Je me permets, avec ma faible culture de voir les choses ainsi.
    Alors cet homme qui ne passe pas de compromis, c’est le catholique. Les « Tradis » et je viens de le lire dans un livre, disent que Rome à fait trop de concessions avec Vaticans II, trop de compromis? Avec qui? Les autres religions. L’Islam étant le grand ennemi qui en 2048 est au pouvoir en France, la cathédrale de Paris devenue une mosquée. Il s’agit d’un Roman, mais dont l’éditeur semble bien favorable à Mgr Marcel Lefebvre qui a ordonné 4 évêques invalides et des prêtres tout aussi invalides. Donc la FSSPX n’est en rien le garant de cette pureté du passé, même si elle brandit la « Tradition » qui oublie-t-elle est vivante et non bloquée au XIXe siècle comme dit mon fils Laurent qui les a côtoyé pendant quelques années.
    Donc nos Papes, depuis Vatican II face à ce monde qui change aussi vite qu’on change de chaîne TV avec la télécommande… nos Papes ont été à la hauteur, veillant à garderla foi pure. Ils sont de ces hommes qui ne passent pas de compromis. Et ce n’est pas parce que le Saint Père va rendre visite aux Juifs et aux musulmans qu’il fait des compromis. Je peux vous témoigner de la solidité et fermeté de l’Eglise qui garde la foi pure, et elle garde son passé pur.
    La pureté donc de la France, ce passé pur, n’est pas le passé proche. C’est le temps de la foi, où la France était catholique, où vous ne passiez pas pour une extraterrestre de dire que vous alliez à la Messe. Il nous faut regarder notre passé, le garder pur, c’est important pour bâtir l’avenir. Un avenir chrétien et non pas musulman comme le roman-mission « La Mosquée Notre Dame de Paris année 2048 » par Elena Tchoudinova, une russe orthodoxe. Les orthodoxes ne comprennent non plus pas Vatican II et y voient le debut de la fin. Ils oublient beaucoup de choses comme les « Tradis » qui semblent soutenir ce livre. Ils oublient que DIEU EST VIVANT et que l’Eglise Catholique est l’Eglise du Christ. Elle a reçu des promesses.
    Notez que la France, vit dans l’impureté jusqu’au plus haut sommet de l’Etat, qu’elle soit livrée à l’Islam, serait peut-être un bon moyen de purification.
    Garder son sang pur, c’est rester un bon chrétien, un bon catholique. Et cela il ne faut pas l’oublier. Le sang c’est la vie, et lorsque nous prenons la Communion, la sainte Hostie est le Corps et le Sang de Notre Sauveur, de Notre Dieu, cette Hostie vient dans notre organisme et nous prépare à la résurrection.
    Voilà quelques réflexions sur ce sang pur et ce passé pur à garder: n’ayez pas honte de tout ce que ce monde impie reproche à l’Eglise dans le passé. N’oublions pas que d’un mauvais arbre ne sortira que de mauvais fruits et d’un bon arbre de bons fruits.
    Passé pur, sang pur, il y aurait de quoi écrire encore, mais franchement si Charles Péguy est bien celui que je pense, il devait connaître la Bible et dans un discours qui semble à première vue pas forcément religieux, il nous passe un message afin que nous gardions foi, une foi qui a des racines dans un passé chrétien, une foi qui va m’aider à marcher en ce monde impur, ayant en moi le sang pur, étant au Christ, à Marie en vivant, pensant, parlant… comme un catholique.

    • Nicou dit :

      A tous les amis de la neuvaine.

      Je n’ai pas de commentaire à faire au sujet d’aujourd’hui,mais je voudrais vous faire part de mon émotion de dimanche après midi.Notre vicaire épiscopal,assisté de notre curé et notre diacre,a « envoyé en mission » plusieurs de mes frères et soeurs.La plupart faisant partie de notre équipe SEM.Ce fut un beau moment de prières.
      Prier le chapelet ensemble,tenir une main,offrir un sourire,les écouter parler,voilà ce que nous nous pouvons partager,certains jours heureux ou malheureux pour eux.

      Belle fete des lumières,avec Jésus Lumière pour tous!

      Que Notre Seigneur vous garde tous dans sa Paix et son Amour!

      • Edith dit :

        Magnifique, j’ai fait partie du SEM pendant assez longtemps et ce fut un vrai bonheur parfois. On rejoint la pureté de notre religion quand å la LUMIÈRE du Christophe Parole et actes travaillent ensemble. Merci å Patrick de nous avoir ce texte de Peggy. Bonne fête de la lumière .

    • colombe dit :

      Amen et merci Patric

  3. Rainvillers dit :

    Vite je cours trouver ce livre… Merci