Mal et miséricorde

saint thomas
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Le mal est-il le motif propre de la miséricorde ?

« La miséricorde, dit saint Augustin, c’est la compassion de notre cœur pour la misère d’autrui, sentiment qui nous pousse à lui venir en aide, si nous le pouvons ». Le mot miséricorde signifie, en effet, un cœur rendu misérable par la misère d’autrui. Or, la misère est l’opposé du bonheur; et en quoi consiste le bonheur ou béatitude ? A avoir ce que l’on veut. « Celui-là est bienheureux, dit saint Augustin, qui a tout ce qu’il veut et ne veut rien de mal ». La misère, par contre, c’est de subir ce que l’on ne veut pas. Disons maintenant qu’il y a trois manières de vouloir quelque chose: par un désir nature), par exemple, l’être et la vie; par un choix réfléchi et arrêté; par une voie indirecte, comme de quelqu’un qui mange ce qui lui fait mal, nous disons qu’il veut se rendre malade, non pas qu’il veuille cet effet, mais parce qu’il en veut la cause.

— Voici l’application. La miséricorde, ou commisération, a pour premier motif, et plus ordinaire, ce qui contrarie l’appétit, le désir de la nature humaine: « elle est la douleur que nous ressentons à la vue d’un malheur capable de perdre ou d’affliger un de nos semblables ». Un second motif, plus capable encore de nous toucher, c’est lorsque de pareils maux surviennent à l’encontre des projets et des espoirs, comme « les accidents dus au hasard, dit Aristote, ou encore un malheur qui nous arrive d’un côté précisément d’où nous n’attendions que du bien ». Le troisième motif, c’est quand le mal est au comble et accable la volonté tout entière: avoir été toujours un homme de bien et avoir le malheur pour récompense. « On s’apitoie surtout si des gens cruellement éprouvés sont honnêtes, et dont l’infortune nous semble d’autant plus imméritée » .

 

Saint Thomas d’Aquin, Somme de théologie, IIA-IIae, Q.30, a.1

6 commentaires sur “Mal et miséricorde
  1. colombe dit :

    La miséricorde et le mal sont étroitement unis pour tous nos saints qui ont partagé ces instants de douleurs d’incompréhension et pourtant portes par l’amour la charité et leur FOI. Nous savons nous même de par nos souffrances parfois inacceptables et douloureuses que la miséricorde de DIEU est en nous, c’est parce qu’il nous aime qu’il nous fait participer a la souffrance de son fils et souvent pour le salut des âmes … J’ai souvent rencontré des personnes qui me disaient : mais pourquoi tu souffres tellement tu es pourtant avec DIEU et oui et c’est la qu’il faut montrer que notre souffrance offerte portera du <Fruit pour nous même pour l’église et pour les pécheurs …Nous n'aimons pas la souffrance mais nous l'acceptons et je pense que mon frère Patric saura mieux vous le détailler que moi.C'est au ciel seulement que nous en comprendrons l'importance …Prions aussi pour ceux qui souffrent et qui se rebellent et ne comprennent pas, aidons les a porter leurs souffrances avec douceur et humilité de cœur et d’esprit…L'amour la charité la bonté existeront toujours . Tout donner par amour et pour l'amour crucifié par nos péchés…Acceptons chaque jour que DIEU nous donne de vivre encore et apprécions chaque minute et seconde Notre vie appartient a DIEU de la naissance a notre grand passage il en est le maitre…Bon troisième dimanche de l'avent a vous tous. .

  2. Patric Chenaux dit :

    Le mal, c’est l’absence du bien. Alors forcément un chrétien, fils du Père miséricordieux, voyant son prochain souffrant de quelque mal, et touché au plus profond de lui-même selon les paroles de l’Apôtre « pleurez avec ceux qui pleurent » et ailleur « si un membre du corps souffre, tout le corps souffre ».
    Mais voilà, il y en a qui souffrent par leur propre faute. Nous les voyons souffrir alors que nous savons que c’est sa gourmandise qui l’a conduit à cet état. Doit-on pour autant lui manquer de miséricorde? Non bien entendu. Nous devons compatir à sa souffrance en lui rappelant la modération. La miséricorde n’a pas de frontière.
    Mais existerait-elle sans le mal? Non s’il n’y a plus de misère. Et la charité, oui elle est éternelle. Bon si on dit non la miséricorde n’existerait pas sans le mal, comment comprendre que Dieu est alors miséricordieux? L’est-il devenu quand il a vu ce pauvre Adam et cette pauvres Eve, essayant de cacher leur péché par eux-mêmes, couvrant leur nudité avec quelques feuillages? Non Dieu est éternel et immuable. De toute éternité il est amour, miséricordieux et en colère contre le péché.
    Ainsi Marie, Notre Dame, est de toute éternité dans le projet de Dieu et Jésus, le Verbe, est de toute éternité Celui qui viendra s’incarner pour sauver son peuple de ses péchés. Chez nous, à cause du péché la miséricorde pour les plus malheureux n’est pas evidente. Comme l’homme est créé à l’image de Dieu, même si cette image est faussée, blessée, l’homme pécheur est capable de gestes de miséricorde. Heureusement.
    Mais ce qui distingue le chrétien c’est que sa miséricorde est sans condition. Il voit un homme blessé sur le chemin, même si c’est un ennemi, il s’occupera de lui. Car il se souvient que de toute éternité Dieu a été misericordieux envers lui, pauvre pécheur.
    Alors comme le mal était inévitable, la miséricorde l’était aussi. Ce n’est pas une sorte de Ying et de Yang, non, car la miséricorde est toujours plus grande que le mal, quel qu’il soit.
    Bon après il faut voir de quel mal on parle, car en faisant miséricorde, on peut faire mal à quelqu’un, par exemple un sevrage de la drogue paraîtra pour le malade un mal, un manque de misericorde, le laisser tant souffrir. Mais la miséricorde sait que ce mal là n’est pas le mal, c’est un bienfait que d’être sevré. Vous savez, à cause de ma maladie, j’ai pris de la morphine pendant 5 ans. Un jour que j’étais hospitalisé, on m’a demandé si j’acceptais un sevrage. Car le médecin ne voulait pas que je vive encore vingt ou trente ans en prenant de la morphine. J’ai accepté: ce fut l’horreur, une nuit, me croyant devenir fou, l’infirmière appelle le medecin de garde, il était prêt à me redonner de la morphine, mais finalement, il refusa, je voyais bien que cela leur faisait mal de me voir souffrir ainsi, mais, ils durent rester fermes, et je dus souffrir jusqu’au bout. Dans cette nuit d’angoisse, le Seigneur me prépara, il me fit comprendre une vérité vitale pour moi. Ce fut donc un mal nécessaire, donc un bien.
    Et même ce bien appliqué attise la misericorde chez les gens, car lorsque nous voyons quelqu’un souffrir notre coeur est rendu misérable par la misère du prochain, surtout quand il ne mérite pas une telle souffrance.