Heureux ceux qui sont morts…

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« Heureux ceux qui sont morts pour la terre charnelle,
Mais pourvu que ce fût dans une juste guerre.
Heureux ceux qui sont morts pour quatre coins de terre.
Heureux ceux qui sont morts d’une mort solennelle.

Heureux ceux qui sont morts dans les grandes batailles,
Couchés dessus le sol à la face de Dieu.
Heureux ceux qui sont morts sur un dernier haut lieu,
Parmi tout l’appareil des grandes funérailles.

Heureux ceux qui sont morts pour des cités charnelles.
Car elles sont le corps de la cité de Dieu.
Heureux ceux qui sont morts pour leur âtre et leur feu,
Et les pauvres honneurs des maisons paternelles.

Car elles sont l’image et le commencement
Et le corps et l’essai de la maison de Dieu.
Heureux ceux qui sont morts dans cet embrassement,
Dans l’étreinte d’honneur et le terrestre aveu.

Car cet aveu d’honneur est le commencement
Et le premier essai d’un éternel aveu.
Heureux ceux qui sont morts dans cet écrasement,
Dans l’accomplissement de ce terrestre voeu.

Car ce voeu de la terre est le commencement
Et le premier essai d’une fidélité.
Heureux ceux qui sont morts dans ce couronnement
Et cette obéissance et cette humilité.

Heureux ceux qui sont morts, car ils sont retournés
Dans la première argile et la première terre.
Heureux ceux qui sont morts dans une juste guerre.
Heureux les épis murs et les blés moissonnés.

Heureux ceux qui sont morts, car ils sont retournés
Dans la première terre et l’argile plastique.
Heureux ceux qui sont morts dans une guerre antique.
Heureux les vases purs, et les rois couronnés.

Heureux ceux qui sont morts, car ils sont retournés
Dans la première terre et dans la discipline.
Ils sont redevenus la pauvre figuline.
Ils sont redevenus des vases façonnés.

Heureux ceux qui sont morts, car ils sont retournés
Dans leur première forme et fidèle figure.
Ils sont redevenus ces objets de nature
Que le pouce d’un Dieu lui-même a façonnés. »

 

Charles Péguy, Eve (1913)

 

Illustration: Antoine Bourdelle, La France, Palais de Chaillot à Paris (1922) 

5 commentaires sur “Heureux ceux qui sont morts…
  1. colombe dit :

    Heureux ceux qui meurent dans un total abandon au Christ, pour y retrouver leur créateur et Seigneur.Heureux la mort a nous mêmes pour ne faire plus qu’un avec DIEU .Heureux la mort de celui qui croit et espère a une autre vie.Heureux la mort qui est le lot de chaque être humain, la vraie justice qui ne se paie pas.Heureux la mort des cœurs purs car il verront DIEU..Merci Charles Peguy pour une telle litanie sur la mort si je puis dire ainsi.Et je terminerai par heureux ceux qui meurent dans le dénuement le plus complet la misère totale car la mort pour eux devient lumière et le passage se fait a la rencontre de l’époux.le Christ Jésus mort pour eux sur la croix.

  2. Chenaux Patric dit :

    Il y a des morts glorieuses. On parle toujours des méfaits de la guerre. Des blessés, des geules cassées, des tranchées et des conditions terribles dans lesquelles se trouvaient les soldats. Cependant on n’entends jamais un poème comme celui de Charles Peguy. On nous montre à la télévision des reportages larmoyants, mais où est l’honneur? Où est la fierté de voir nos soldats à l’action. Certes il y a eu des morts, beaucoup de morts, plus de morts que la guerre de 100 ans qui tua 120.000 hommes. Il y eu des blessés, la guerre était terrible, les guerres laïques sont les plus sanglantes. Mais nos soldats, aidés par nos alliés ont tenu bon, et la France est toujours debout. Même après la seconde guerre mondiale, fruit amère de la première.
    Heureux ceux sui sont morts pour défendre leur terre, leurs femmes, leurs enfants. Dans les tranchées il y eu des conversions, la Messe était célébrée et les soldats venaient. Près de Reims les soldats français ont peint sous l’ordre de leur gradé un Sacré Coeur sur leur drapeau et les ennemis, plus nombreux furent renversés.
    Ah si le gouvernement avait prié à ce moment-là, s’il avait accepté son Seigneur et combattu en son nom pour la terre de France, non seulement la France aurait eu la victoire rapidement, mais il y aurait eu moins de morts.
    Hier, j’ai vu un reportage où des français partent aider les kurdes contre Daesh. Quels jeunes hommes courageux. Et notre chef de l’Etat? Que fait-il contre ce mal terrible qu’est Daesh qui insulte la France et la menace d’attentats. Avouons qu’on a une bonne police, car pas mal de ces djiadistes sont arrêtés sur notre territoire.
    Où se trouve l’honneur? Oui quelqu’un a écrit: « C’est l’honneur qui a détruit la grandeur de l’espagne ». Oui parce qu’en Espagne, l’honneur allait trop loin et se confondait, finalement, avec l’orgueil. Mais là en France aujourd’hui, où se trouve l’honneur d’être français? Je ne le vois pas. Oh, oui dans le sport. Mais quand la France est insultée, attaquée? Où se trouve l’honneur? Même dans les reportages larmoyants de la télévision sur la première guerre, il n’y a plus cette saine fierté d’honnorer nos combattants de commenter leur courage. Je n’entends pas dans les commentaires cet honeur de tous ces hommes qui, pour la France, sont morts. Est-ce que je me trompe?
    Je ne pense pas que le texte de Charles Peguy passerait dans une de ces émissions sentimentalistes.
    Il y a chez certains chrétiens une mauvaise compréhension concernant l’armée. Certains disent qu’un chrétien ne peut pas être soldat. Ils montrent là une méconnaissance et de l’Ecriture et du catéchisme et de l’Histoire. L’autre jour, quelqu’un m’a écrit sur Twitter que dans l’armée de Hitler, il y avait des soldats catholiques. Je lui ai répondu: « Heureusement que dans l’armée de Hitler, il y avait des soldats catholiques, il y avait même des aumôniers » D’ailleurs, l’un de ces aumôniers allemands a été récompensé par la France, car exerçant dans les prisons de la Gestapo, il soulageait les français, résistants pour la plupart, enfermés et torturés. Il en a même confessés et il leur a donné le saint Viatique avant leur mort.
    Heureux ces résistants morts dans la foi pour la défense de la France. Dans un de ses nombreux livres, le Père Raymond Bruckberger raconte les jours qu’il a passé dans une prison de la Gestapo, et le nombre de prières, dans les larmes qu’il adressait au Seigneur chaque fois qu’un français catholique ou communiste se faisait fusiller. A la fin de la guerre, il accompagna le chef de la milice condamné à mort. Le matin, il entra dans sa cellule. Cette homme qui avait dirigé la milice aimait la France aussi, il etait catholique. Il proposa d’ailleurs au General de Gaule d’envoyer, lui-même et toute la milice en Indochine. Mais le Général refusa. Lorsque le Père Bruckberger entra dans la cellule, il trouva un homme serein qui se confessa et fut conduit jusque dans la cours pour y être fusillé. Le Père était non loin de lui à prier. Le chef de la milice cria pour « Dieu et pour la France » et le peloton d’exécution tira. Vous voyez tout n’est pas noir ou blanc, il y a tellement d’histoires qui nous depassent. « Dieu reconnaîtra les siens » c’est bien vrai.
    L’amour de sa terre natale, ne peut être séparé de l’amour pour Dieu et du devoir de la défendre. Un catholique obéit à son gouvernement et s’il est appelé pour faire la guerre parce que son pays est menacé, il y va pour Dieu et pour son pays, pour cette terre qui lui a tout donné.
    Longtemps j’ai détesté mon pays. En fait c’est une confédération. Mais la foi catholique m’aide à l’aimer à nouveau. Seulement, depuis 1993 je vis en France, et la France est devenue ma patrie de coeur. En cas de guerre je ne l’abandonnerai pas. Malade, je serai inutile sur le terrain, mais nous savons bien qu’il y a plusieurs combats à mener.
    Lorsque les troupes du roi de France reprirent La Rochelle, bastion protestant, il y avait. derrière, des femmes, des hommes, qui priaient le chapelet.
    Les guerres de religion offensent nos bons athées. Car il ne peuvent pas comprendre les enjeux. Les Cathares d’abord et le protestantisme ensuite, étaient de graves dangers pour la couronne et pour la France. Le roi ne pouvait pas ne pas bouger, surtout que les protetants avaient des soldats: des princes voulant se libérer du « joug » de Rome et de celui du roi, se « convertirent ». Le danger était réel. Et le roi devait faire son devoir pour faire cesser ces dérives.
    Comme dans notre pays laïque la religion est relayée au domaine privé, nos contemporains ne peuvent pas comprendre ces fameuses guerres de religion. Et même comment on pouvait se battre « pour Dieu, pour le roi, pour la France ». Il y a un fossé énorme entre notre époque et celle où l’on se battait avec honneur. Pour honorer Dieu et la France.
    « Heureux ceux qui sont morts… » allez dire ça aujourd’hui, tout est à reprendre. Le travail est immense. Mais Dieu est le Tout Puissant. Alors courage Dieu façonne, Dieu façonne…