Communion des saints et des pécheurs

bernanos
image-1450
Avec Jésus, Unique sauveur de l’humanité, offrons-nous pour tous nos compatriotes, pour ceux qui ignorent la miséricorde divine et pour ceux qui la refusent.

« Le mystère du Christ, là où la plus grande solitude devient la source de la plus profonde communauté. Le sang qui coule du mont des Oliviers passe au pressoir et il écume ensuite dans la coupe de l’Eglise. Pour Bernanos, l’existence n’a de signification que rapporté à ce mystère, et c’est là pour lui une exigence si radicale qu’il ne saurait rien penser de ce que nous nommons esprit, personne, être du Soi, qu’enraciné dans l’humus de cette communauté. Une personne pleinement isolée serait une contradiction interne (en définitive, c’est l’image de la Trinité dans l’homme qui exclut ce total isolement).
Mais la communauté n’est jamais neutre : elle ne se réduit pas au simple fait que les hommes sont tous des fils du même Adam ; pour Bernanos elle est plutôt l’osmose de leurs destins réels, qui sont toujours des destins de grâce ou des destins sans Dieu, en sorte qu’il existe d’entrée de jeu deux communautés, celle des saints et celle des pécheurs, mais, tout aussi originairement, une communauté des saints avec les pécheurs et, par conséquent, une communauté des pécheurs avec les saints. La participation des saints au destin des pécheurs a part elle-même à la participation du Christ à la perdition de tous les hommes ; et c’est parce que le Christ a ouvert une brèche dans cette perdition que la communauté tout entière des saints et des pécheurs, tirant son nom de l’événément qui lui sert de base, mérite d’être appelée communion des saints, communio sanctorum. (…) Et l’incroyant des Grands cimetières rappelle à ses auditeurs ce mystère fondamental du christianisme : «  On dirait que ce grand dogme de la Communion des Saints, dont la majesté nous étonne, ne vous apporte qu’une prérogative de plus, parmi tant d’autres. Celui de la réversibilité des mérites n’en est-il pas le complément ? Nous ne répondons, nous, que de nos actes et de leurs conséquences matérielles. La solidarité qui vous lie aux autres hommes est d’une espèce bien supérieure. Il me semble que ce don de la foi qui vous est départi, loin de vous émanciper, vous lie à eux par des liens plus étroits que ceux du sang et de la race. Vous êtes le sel de la terre. Lorsque le monde s’affadit, à qui voulez-vous que je m’en prenne ? Il est vain de vous prévaloir des mérites de vos saints puisque vous n’êtes d’abord que les intendants de ces biens. Nous entendons souvent les meilleurs d’entre vous proclamer avc fierté qu’ils ne doivent rien à personne. De telles paroles n’ont absolument aucun sens dans votre bouche, car vous devez littéralement à tout le monde, à chacun de nous, à moi-même. » (Les grands cimetière sous la lune, Plon, 1938, p. 257)
Tout le malheur du monde moderne vient de ce qu’il a oublié cette vérité : « Je dis que la solidarité de la chrétienté universelle en face de scandales majeurs, intolérables, n’a pas été maintenue, les chrétiens ont agi pour leur compte. Au sauve qui peut ! Des armées vaincues correspond le fais ton propre salut tout seul des chrétiens dispersés par la foudroyante offensive des puissances du mal. Chacun pour soi ! L’humanité rachetée, rendue participante à la divinité comme nous l’enseigne la liturgie de la messe, est rendue à la croix par des clous, mais qu’importe aux pharisiens puisqu’ils ont payé la dîme et respecté le Sabbat ? » (Le Chemin de Croix-des-Ames, Gallimard, 1948, p. 98-99). »

Hans Urs von Balthasar, Le Chrétien Bernanos, Paris, Seuil, 1956, p.457 et 459

16 commentaires sur “Communion des saints et des pécheurs
  1. Chenaux Patric dit :

    « En tant qu’il y ait compétition, qu’il y ait concurence, plus chacun devient grand, plus les autres grandissent en même temps, car comme le disait si magnifiquement Elisabeth Leseur: « Toute âme qui s’éleve élève le monde. » (Maurice Zundel, extrait de « C’est toi, Seigneur qui me lave les pieds? » in Magnificat, Semaine Sainte 2015, Hors-série n°40, p.100).

  2. Espérance dit :

    « Avec JESUS, Unique Sauveur de l’humanité,
    offrons-nous pour tous nos compatriotes,
    pour ceux qui ignorent la MISERICORDE DIVINE
    et pour ceux qui la refusent. »

    * Que notre seule fierté soit
    LA CROIX de Notre SEIGNEUR JESUS CHRIST.
    En LUI, nous avons
    le SALUT, la VIE et la RESURRECTION;
    par lui, nous sommes sauvés et délivrés *
    Galates 6:14

    * Je vous donne un commandement nouveau,
    dit Le SEIGNEUR : COMME JE VOUS AI AIMES,
    vous aussi, AIMEZ-VOUS LES UNS LES AUTRES *
    Jean 13:34

    * CECI EST MON CORPS, DONNE pour VOUS,
    dit Le SEIGNEUR.
    FAITES CELA en MEMOIRE de MOI.
    CETTE COUPE est la NOUVELLE ALLIANCE établie par MON SANG.
    Chaque fois que vous en boirez, FAITES CELA en MEMOIRE de MOI *
    1 Corinthiens 11:24. 25

    * PRIONS en EGLISE *

  3. Chenaux Patric dit :

    Je suis resté longtemps étonnamment naïf ou même gobeur, et, au fond, peu curieux, aimant la contemplation plus que la fatigante investigation. Aussi ai-je toujours trouvé admirable un mot de saint Thomas d’Aquin. Il était à son travail lorsqu’un jeune frère vint lui dire : « Regardez donc ! Un bœuf qui vole en l’air ! » Le saint se met à la fenêtre, l’autre éclate de rire : « Comment avez-vous pu croire cela ? — Il me semblait bien plus naturel d’admettre qu’un bœuf volât en l’air que de supposer qu’un religieux pût mentir. » (Georges Bernanos)

  4. Espérance dit :

    « Le MYSTERE du CHRIST, là où la plus grande SOLITUDE
    devient la SOURCE de la plus profonde communauté.
    Le SANG qui coule du MONT des OLIVIERS
    passe au pressoir et IL écume ensuite
    dans LA COUPE de L’EGLISE. »
    Hans Urs von Balthasar

    « En ces jours-là, dans le pays d’Égypte,
    Le SEIGNEUR dit à Moïse et à son frère Aaron:
    « Ce mois-ci sera pour vous le premier des mois,
    il marquera pour vous le commencement de l’année.
    Parlez ainsi à toute la communauté d’Israël:

    le dix de ce mois,
    que l’on prenne un AGNEAU par famille,
    un agneau par maison.
    Si la maisonnée est trop peu nombreuse pour un agneau,
    elle le prendra avec son voisin le plus proche,
    selon le nombre des personnes.

    Vous choisirez l’agneau
    d’après ce que chacun peut manger.
    Ce sera une bête sans défaut, un mâle, de l’année.
    Vous prendrez un agneau ou un chevreau.
    Vous le garderez jusqu’au quatorzième jour du mois.
    Dans toute l’assemblée de la communauté d’Israël,
    on l’immolera au coucher du soleil.

    On prendra du sang,
    que l’on mettra sur les deux montants
    et sur le linteau des maisons
    où on le mangera.
    On mangera sa chair cette nuit-là,
    on la mangera rôtie au feu,
    avec des pains sans levain et des herbes amères.

    Vous mangerez ainsi:
    la ceinture aux reins,
    les sandales aux pieds,
    le bâton à la main.
    Vous mangerez en toute hâte:
    c’est LA PAQUE du SEIGNEUR.

    Je traverserai le pays d’Égypte, cette nuit-là;
    je frapperai tout premier-né au pays d’Égypte,
    depuis les hommes jusqu’au bétail.
    Contre tous les dieux de l’Égypte
    j’exercerai mes jugements:
    JE SUIS LE SEIGNEUR.
    Le SANG sera pour vous un SIGNE,
    sur les maisons où vous serez.
    JE VERRAI le SANG, et JE PASSERAI:
    vous ne serez pas atteints par le fléau
    dont Je frapperai le pays d’Égypte.

    Ce jour-là
    sera pour vous un mémorial.
    Vous en ferez pour Le SEIGNEUR
    une FETE de PELERINAGE.
    C’est un décret perpétuel:
    d’âge en âge vous la fêterez. »

    Lecture du livre de l’Exode 12:1-8.11-14
    Prescriptions concernant le REPAS PASCAL

    * PRIONS en EGLISE

    • Espérance dit :

      * LA COUPE DE BENEDICTION
      EST COMMUNION AU SANG DU CHRIST *

      Comment rendrai-je au SEIGNEUR
      tout le bien qu’IL m’a fait?
      J’élèverai la COUPE du SALUT,
      j’invoquerai Le nom du SEIGNEUR.

      Il en coûte au SEIGNEUR
      de voir mourir les siens!
      Ne suis-je pas, SEIGNEUR, ton serviteur,
      moi, dont Tu brisas les chaînes?

      Je T’offrirai le sacrifice d’ACTION de GRACE,
      j’invoquerai Le NOM du SEIGNEUR.
      Je tiendrai mes promesses au SEIGNEUR,
      oui, devant tout son peuple.

      * LA COUPE DE BENEDICTION
      EST COMMUNION AU SANG DU CHRIST *

      Psaume 115
      * PRIONS en EGLISE

      • Espérance dit :

        * Frères,
        moi, Paul, j’ai moi-même reçu
        ce qui vient du SEIGNEUR,
        et JE VOUS L’AI TRANSMIS :

        LA NUIT où IL ETAIT LIVRE,

        LE SEIGNEUR JESUS prit du PAIN,
        puis, AYANT RENDU GRACE,
        il le ROMPIT, ET DIT :
        « CECI EST MON CORPS, QUI EST POUR VOUS.
        FAITES CELA EN MEMOIRE de MOI. »

        Après le repas,
        IL FIT DE MEME avec LA COUPE, en disant :

        « CETTE COUPE EST LA NOUVELLE ALLIANCE en MON SANG.
        CHAQUE FOIS QUE VOUS EN BOIREZ,
        FAITES CELA EN MEMOIRE DE MOI. »

        Ainsi donc, chaque fois que vous mangez ce pain
        et que vous buvez cette coupe,
        VOUS PROCLAMEZ LA MORT DU SEIGNEUR,
        jusqu’à ce qu’IL VIENNE *

        – Parole du SEIGNEUR.

        Première Lettre de Saint Paul Apôtre aux Corinthiens
        1 Co 11:23-26
        * Chaque fois que vous mangez ce pain
        et que vous buvez cette coupe,
        vous proclamez LA MORT du SEIGNEUR *

        *PRIONS en EGLISE*

        • Espérance dit :

          GLOIRE et LOUANGE à TOI, SEIGNEUR JESUS!

          * Je vous donne
          un commandement nouveau,
          dit Le SEIGNEUR :
          * AIMEZ-VOUS LES UNS LES AUTRES
          comme JE VOUS AI AIMES. *

          GLOIRE et LOUANGE à TOI, SEIGNEUR JESUS!

          Jean 13:34
          *PRIONS en EGLISE*

          • Espérance dit :

            « À travers le LAVEMENT des PIEDS,
            JESUS anticipe le DON d’une VIE
            entièrement OFFERTE
            jusqu’à l’ombre de LA CROIX.

            Pour Pierre et pour chacun de nous,
            le défi est de mieux
            COMPRENDRE ce GESTE de JESUS.
            Le LAVEMENT des PIEDS fait naître
            une communauté de disciples
            où l’AMOUR FRATERNEL
            devient l’expression la plus achevée
            de la FIDELITE.

            À chaque EUCHARISTIE, nous tentons
            de conformer nos vies
            à cet acte de NAISSANCE de L’ÉGLISE.

            CONSENTIR à notre FRAGILITE,
            VIVRE la FRATERNITE,
            donner sa vie au service de l’autre,
            accepter d’être DISCIPLES du CHRIST en ÉGLISE…

            L’histoire de Pierre est aussi le récit
            de nos combats intérieurs
            et de notre vocation. »

            Père Vincent Leclercq, Assomptionniste

          • Espérance dit :

            * PRIONS en EGLISE *

  5. Guillaume dit :

    Bon Jeudi Saint.

    En union de prière

  6. colombe dit :

    Bon Jeudi Saint a vous Patric et merci .

    • Chenaux Patric dit :

      Merci à vous Colombe, bon Jeudi Saint.
      Pour ma part, à la maison, je ne suis pas bien du tout. Mais cela, je l’offre à Notre Seigneur qui a tant souffert pour notre salut.

  7. colombe dit :

    Aujourd’hui nous entrons avec notre JÉSUS dans sa passion. Soyons vraiment tous unis amis de la neuvaine et regardons celui qui a souffert pour nous et qui souffre encore de tant de rejet et d’indifférence Nous sommes unis avec tous les saints , avec les grands malades, les pécheurs et ceux qui vont se convertir a la dernière minute, car DIEU aime le pécheur qui se convertit et qui crie vers lui sa délivrance. Merci JÉSUS pour tous ceux que tu délivreras du purgatoire et qui rejoindront ta céleste patrie.Prenons un bon moment auprès du reposoir, ce soir et si nous sommes retenus loin de l’église nous pouvons nous tourner vers elle et prendre un temps d’adoration et toute notre vie en restera imprégnée.

  8. Chenaux Patric dit :

    S’il y a bien un auteur qui m’a touché au plus profond de l’âme et qui m’a aidé à comprendre que la foi catholique ne concerne pas que ma personne, mais doit influencer tout le pays,c’est en partie George Bernanos. Et je pense Particulièrement à son fameux livre « Le Journal d’un Curé de Campagne ». Et comble d’ironie dans cette France orgueilleuse qui pense pouvoir faire sans Dieu, Bernanos a été nommé meilleur écrivain du XXe siècle. Un catholique, oui, et quel catholique!
    Alors il est clair qu’il n’est pas bon que l’homme soit seul, dit le Seigneur dans le livre de la Genèse. Et il devrait être évident que les chrétiens ne sont pas appellès par Notre Seigneur, à ne s’occuper que de leur salut, et tant pis si le monde coule.
    Non, un chrétien est catholique et français. Nous ne sommes pas « citoyens du monde », nous sommes français et catholiques, d’abord. Et si nous oeuvons en tant que tel, vivant dans ce pays, en etant sel et lumière, comme nous l’avons vu hier, alors nous verrons des fruits dans nos villes et dans toute la France.
    Les catholiques et les incroyants français sont français, ils sont sur le même bateau, et les chrétiens doivent être les meilleurs serviteurs de leur pays. Les empereurs romains en persécutant les chrétiens de l’Empire éliminaient leurs meilleurs sujets. Pourquoi? Parce que le chrétien agit dans tout ce qu’il entreprend, comme pour le Seigneur. En tant que parents, les catholiques fondent des familles stables et solides, les catholiques fondent des écoles où les professeurs sont droits. Les ouvriers catholiques sont ponctuels, travaillent avec sérieux. Leur patron peut leur faire entièrement confiance. Les patrons catholiques obéiront à la loi de Dieu concernant le repos dominical, traiteront bien leurs employés et ne les voleront pas, sachant que tout travail mérite salaire. Le Catéchisme enseigne qu’un patron doit veiller à bien payer ses employés, afin qu’ils puissent vivre décemment. Il ne trompera pas ses clients. Les magistrats catholiques agiront avec doiture et charité, les politiciens catholiques seront honnêtes et tiendront leurs promesses… les catholiques devraient être partout les meilleurs, non pas selon les critères du monde, mais selon les commandements de Dieu et de l’Eglise. Mais est-ce possible? Oui, si les catholiques cessent de ne penser qu’à leur salut personnel et s’engagent dans la société aux côtés des pécheurs, pour bâtir un monde meilleur. Le Pape François y croit.
    Les catholiques prient, ils prient tout le temps: au réveil, avant et après les repas, avant tout ouvrage, le soir avant d’aller dormir, parfois la nuit. Les catholiques se nourrissent de la Parole de Dieu et de leur Dieu à la Messe. Ils prient pour leur famille, travail, patron, employés… Les catholiques agissant en bons chretiens seront charitables avec les non chrétiens, les encourageant, les aidant, le enseignant sur la personne et l’oeuvre de Jésus par leurs paroles aux moments opportuns et par les actes tous les jours.
    La gentillesse, la stabilité, la confiance, la fidélité et la constance du chrétien va être un moteur pour les autres.
    C’est que nous sommes tous sur le même bateau, alors nous avons tous intérêt à ce qu’il ne coule pas. Nous aimons tous la France.
    Une vie de chrétien catholique francais ne peut être qu’une vie de communion avec les pécheurs. Oui, nous ne sommes pas sauvés pour nous occuper que de nos petites personnes, nous sommes sauvés pour être sel et lumière. Le catholique aime la France, il aime l’Eglise. Dans son amour, il va agir, et avec tous ces frères, oeuvrer pour le Roi des rois. Ainsi ils vont influencer la société et la France s’élèvera et retrouvera sa mission qui est d’éclairer et d’élever les nations. Ce n’est pas le salut sur terre que cherche le chrétien, il imite son Seigneur qui créa le monde en sept jours et donna à nos parents les commandements que nous connaissons. A la fin des six jours Dieu trouva tout très bon et se reposa le septième jour.
    A cause de la chute, tout s’aggrave, le mal entre dans le monde, le péché, la mort, la paresse, l’orgueil… Jésus est venu, il a vaincu sur la Croix, il est ressuscité et monté au Ciel. Il nous a libérés et confiés d’être lumière et sel de la terre. Quelle terre va-t-il trouver quand il reviendra? Pourra-t-il dire de nous: bons et fidèle serviteurs, ou alors nous jugera-t-il car nous aurons caché, ne fus-ce qu’un seul talent qu’il nous aura confié?
    Et Bernanos a utilisé ses talents. Il a écrit pour tous, sans viser seulement un lectorat catholique. Il sait, Bernanos, que la lecture aide à grandir. Je vous laisse, pour conclure, à lire un extrait, d’un de ses livres, qui a d’ailleurs été adapté au cinéma par Maurice Pialat, avec dans les rôles principaux, Sandrine Bonnaire et Gérard Depardieu:
    « M. Loyolet, inspecteur d’Académie (au titre d’agrégé ès lettres), a voulu voir le saint de Lumbres, dont tout le monde parle. Il lui a fait une visite, en secret, avec sa fille et sa dame. Il était un peu ému. « Je m’étais figuré un homme imposant, dit-il, ayant de la tenue et des manières. Mais ce petit curé n’a pas de dignité: il mange en pleine rue, comme un mendiant… » « Quel dommage, disait-il aussi, qu’un tel homme puisse croire au diable! »
    Le curé de Lumbres y croit, et cette nuit même il le craint. « J’étais, a-t-il avoué plus tard, éprouvé depuis des semaines, par une angoisse nouvelle pour moi: j’avais passé ma vie au confessionnal, et j’étais tout à coup accablé du sentiment de mon impuissance; je sentais moins de pitié que de dégoût. Il faut n’être qu’un pauvre prêtre pour savoir ce que c’est que l’effrayante monotonie du péché!… Je ne trouvais rien à dire… Je ne pouvais plus qu’absoudre et pleurer… »
    Au-dessus de lui, la nuée se déchire en lambeaux. Une, dix, cent étoiles renaissent, une par une, à la cime de la nuit. Une pluie fine, une poussière d’eau retombe d’un nuage crevé par le vent. Il respire l’air rafraîchi, détendu par l’orage… Ce soir, il ne se défendra plus: il n’a plus rien à défendre; il a tout donné; il est vide… Ce coeur humain, il le connait bien lui… (il y est entré avec sa pauvre soutane et ses gros souliers.) Ce coeur!
    Ce vieux coeur, qu’habite l’incompréhensible ennemi des âmes, l’ennemi puissant et vil, magnifique et vil. L’étoile reniée du matin: Lucifer, ou la fausse Aurore…
    Il sait tant de choses, pauvre curé de Lumbres! que la Sorbonne ne sait pas. Tant de choses qui ne s’écrivent pas, qui se disent à peine, dont on s’arrache l’aveu, comme d’une plaie fermée – tant de choses! Et il sait aussi ce qu’est l’homme: un grand enfant plein de vices et d’ennui.
    Qu’apprendrait-il de nouveau, ce vieux prêtre? Il a vécu mille vies, toutes pareilles. Il ne s’étonnera plus; il peut mourir. Il y a des morales toutes neuves, mais on ne renouvellera pas le péché.
    Pour la première fois, il doute, non pas de Dieu, mais de l’homme. Mille souvenirs le pressent: il entend les plaintes confuses, les bégaiements pleins de honte, le cri de douleur de la passion qui se dérobe et qu’un mot a clouée sur place, que la parole lucide retourne et depouille toute vive… Il revoit les pauvres visages bouleversés, les regards qui veulent et qui ne veulent pas, les lèvres vaincues qui se relâchent, et la bouvhe amère qui dit non… Tant de faux révoltés, si éloquents dans le monde, qu’il a vus à ses pieds, risibles! Tant de coeurs fiers, où pourrit un secret! Tant de vieux hommes, pareils à d’affreux enfants! Et par-dessus tous, fixant le monde d’un regard froid, les jeunes avares, qui ne pardonnent jamais. »
    (Georges Bernanos, Sous le soleil de Satan, éditions du Seuil, collection « Points Roman », Paris, 1985, pp. 208-209)